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Publié le 11 février 2017

Benkirane :« Veut-on humilier le PJD ? Veut-on humilier Benkirane ? Cela n’arrivera pas ! Et pas d'élections anticipées »

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Samedi 11 février, le Conseil national du PJD a tenu la séance inaugurale de sa session ordinaire.  A cette occasion, le secrétaire général du parti, et chef du gouvernement désigné, a délivré un discours attendu, dans une conjoncture d’impasse ou de blocage politique pour la formation du gouvernement. Pas beaucoup de révélations, quelques piques... et c’est tout.

Un discours lu par un Abdelilah Benkirane pas au mieux de sa forme, quittant son texte de temps en temps pour des petites improvisations. Mais ce n’est pas le Benkirane gouailleur, triomphant et sûr de lui qu’il a coutume d’être. Quatre mois de blocage et de retards institutionnels, cela marque son homme.

Le chef du gouvernement a évoqué plusieurs points, revenant sur l’histoire de l’avancée électorale du parti, et martelant que « de grandes questions se posent aujourd’hui dans ce Maroc démocratique, et en l’occurrence le lien entre la parole et l’acte ». Pour le chef du gouvernement désigné, « les gens n’ont pas voté en notre faveur pour que nous renoncions à nos valeurs, et nous sommes conscients que nous devons former notre gouvernement dans le cadre et le respect de ces valeurs, sinon la démocratie n’aurait plus de sens ». Benkirane évoquera ainsi souvent sa légitimité populaire qui, si elle existe, ne lui a pas pour autant conféré une majorité absolue. Il le dit d’ailleurs aussi, quand il parle du PJD arrivé premier non du PJD vainqueur du scrutin du 7 octobre.

Au chapitre des attaques, Benkirane a expliqué que « la démocratie et la réforme ont des adversaires qui nous ont combattus et nous combattent encore (…). Ils ont essayé la ruse, et quand ils ont échoué, ils se sont mis à fouiller dans nos intentions et nos pensées, et quand là encore ils n’ont rien trouvé, ils sont passés aux faux-procès. Mais tel est le sort des réformateurs partout et de tous temps, ils sont combattus ! ». Puis, encore une pique, mais pour le PAM cette fois, sans le nommer : « Ceux qui ont perdu les élections n’ont pas admis le résultat… Ah, s’ils l’avaient fait ! Alors ils  ont commencé les médisances et tout cela a porté préjudice au rayonnement du Maroc ».

Pour ses relations avec l’USFP, Benkirane a expliqué que « le PJD, dans la perspective du vote de la loi portant ratification de l’Acte constitutif de l’Union africaine, s’est montré conciliant, malgré l’avis contraire de ses alliés (Istiqlal, NDLR), et bien que le président de la Chambre des représentants devait appartenir à la majorité supposée, nous avons laissé élire le candidat de l’USFP »… Abdelilah Benkirane s’est quand même fait plaisir à l’égard de l’USFP et de son premier secrétaire Driss Lachgar : « Tu as eu 20 voix au niveau national, mais nous au PJD nous avons fait élire 22 députés rien que dans la Région de Rabat seulement… Un peu d’humilité, voyons… Tu as réussi à obtenir la présidence de la Chambre des représentants, ça suffit… Où étais-tu quand on te disait de venir nous rejoindre au gouvernement ? Maintenant, lui il me parle mais je ne lui réponds pas. Moi, je ne m’adresse qu’à Akhannouch et Laenser, et s’ils ne me répondent pas, je saurais quoi faire… ». une menace même pas voilée pour Akhannouch… Que pourrait-il faire lors, Benkirane, si le chef du RNI persiste dans sa volonté d’inclure l’USFP au gouvernement ? Une seule chose : avouer son échec au roi.

Une révélation étrange : « Lorsque l’Istiqlal avait quitté le gouvernement en 2013, j’avais rencontré quelques temps après le président ivoirien, qui m’avait dit savoir que nous étions dans une situation difficile et que nous aurions des élections anticipées. Et c’est là que j’ai compris que les évolutions politiques internes avaient des conséquences à l’international ». Et le chef du gouvernement de dire que le Maroc n’a pas besoin d’autres élections, « même si le PJD y conforterait sa position ». Le message est important.

La formation du gouvernement : « Que veulent-ils ? Humilier le PJD ? Humilier Benkirane ? Cela ne se fera pas et n’arrivera pas ! ». Applaudissements nourris dans la salle. « On va continuer les concertations pour former ce gouvernement et nous le ferons en gardant à l’esprit la volonté populaire, la désignation du chef du gouvernement par le roi, les termes et l’esprit de la constitution et les attentes des citoyens ».

Il faut savoir, explique le chef du gouvernement désigné, que « nous sommes à la croisée des chemins et que les citoyens s’interrogent. Si nous cédons sur nos valeurs, les gens diront que nous avons conclu un accord avec les autres, et alors il y aura désaffection, indifférence et désintérêt ».

Enfin, Benkirane conclut sur cette phrase qui a son importance : « La lutte ne se fait plus aujourd’hui entre les islamistes et ceux qui ne le sont pas, mais entre les démocrates et ceux qui ne le veulent pas ».

Un discours qui se veut fort, mais qui reste convenu, avec un Benkirane quand même bousculé par la tournure des événements. Et comme le prédisaient les observateurs, le chef du PJD parlera des quatre mois passés, mais pas de ce qui arrivera dans la futur.

On devra donc attendre les conclusions et le communiqué final du Conseil national pour en savoir plus. Mais on peut d’ores et déjà supposer qu’il n’y aura pas de grande révélation. Pourquoi ? Parce que c’est l’impasse. Aziz Akhannouch tient à l’USFP pour disposer d’une majorité confortable, et Benkirane refuse l’USFP par fierté.

On est encore là.

Aziz Boucetta

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