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Publié le 16 janvier 2017

La nouvelle configuration du RNI d’Akhannouch

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C’était la dernière étape de la tournée du nouveau président du RNI Aziz Akhannouch, élu à la tête du parti le 29 octobre et qui nourrit l’ambition d’en faire un parti nouveau. Des milliers de personnes venues l’écouter, les ministres RNI aussi, plus les cadres du parti, dans une grand-messe finale qui a servi à décliner la nouvelle organisation du parti, en plus de quelques piques politiques bien senties…

Décor et ambiance

Le timing est parfait et contrairement à ce dont on a l’habitude, les 3.500 personnes présentes dans l’amphithéâtre romain du centre-ville sont incontestablement toutes des militants du RNI, tantôt rigolards, tantôt sérieux, convaincus de l’action politique qui se prépare,  regroupés par régions et villes, et ovationnant sans cesse et spontanément, leur ancien président de région Aziz Akhannouch.

Dans sa tournée nationale de rencontres avec les gens du RNI, le ministre (sortant) de l’Agriculture a gardé le « meilleur » pour la fin, et le « meilleur » est sa région d’origine, le Souss. Le RNI n’avait encore habitué personne à aligner autant de gens, des deux sexes, de tous âges, de catégories diverses et différentes.

Sur l’estrade, le Bureau politique du RNI, avec « tous ses ministres », dira Akhannouch plus tard. Tous ? Non, un manquait à l’appel, l’ancien président du parti Salaheddine Mezouar. Mais il faut dire qu’un ministre des Affaires  étrangères est rarement dans son pays…

Le meeting démarre à l’heure dite, avec lecture du Coran, hymne national, puis les prises de parole d’intervenants à la qualité inégale. Si une jeune femme a enflammé les 3.500 personnes présentes, parlant avec des allures de Che Guevara, d’autres sont plutôt soporifiques. Ou trop laudateurs, ou trop confiants, ou trop surpris d’être là, ou maniant quelque fois la langue de bois avec une admirable maestria …

On remarquera aussi un fait important : la dimension culturelle. Si Akhannouch a déjà réussi à imposer son fameux cri de guerre « Agharas agharas » (sérieux), les intervenants ont abondamment sorti des phrases en amazigh, à la grande et bruyante joie de l’assistante.

Puis, avant que le chef ne prenne la parole, et alors que le bourdonnement d’un drone amusait l’assistance, un film est projeté sur les réalisations des ministres RNI, avec vidéo des Mezouar, Mansouri (ancien président du parti), Moulay Hafid Elalamy, Mbarka Bouaïda, et d’autres moins connus et tout autant moins convaincants, mais dont on taira les noms par charité musulmane… Des longueurs certes, mais globalement intéressant…

Le discours d’Akhannouch

Deux mois et demi après avoir été élu par le congrès extraordinaire du RNI, le ministre de l’Agriculture a abattu un travail considérable. D’abord, se libérer devant un micro, derrière lequel se trouvent 3.500 personnes et une trentaine de journalistes, tous médias confondus, dans les trois langues arabe, amazigh et française. Ensuite, par le travail de structuration organisationnelle du parti, et qui a fait l’objet de la plus grande partie de son discours.

Akhannouch commence par un constat de satisfaction, mais il souligne en même temps la nécessité de retrousser les manches et de tra-vail-ler : en effet,, « sur les 1.800.000 citoyens de la Région en âge de voter, seuls 470.000 se sont déplacés aux urnes…, soit un taux d’abstention de 75%, et si on y ajoute des villes limitrophes, nous sommes à 82%... ». En clair, si Akhannouch et son RNI réussissent à convaincre la population soussie d’aller voter massivement en 2021, il y a des partis qui auraient du souci à se faire puisque cette région d’Agadir dispose d’un énorme réservoir de voix.

Et ce qui est intéressant dans cette partie de son discours, c’est qu’Akhannouch n’hésite pas à décrire son parti pour ce qu’il a est et a toujours été, « un parti saisonnier qui n’apparaît que lors des périodes électorales ». C’est tout l’enjeu de la nouvelle organisation interne du parti. Faire des Indépendants un parti offensif, au besoin agressif, pour rompre avec son passé passif, voire poussif. D’où le « Agharass agharass », un cri de guerre qu’on entendra souvent dans les années qui viennent.

Comment s’organisera donc le RNI à l’ère Akhannouch ?

Il faut savoir que depuis la création du parti en 1976, les différents présidents n’auront pas brillé par leur capacité d’organisation, de structuration et d’ancrage d’appareil. Après le trop flegmatique Ahmed Osman et le trop posé Mansouri, il y a eu la phase Mezouar, homme affable mais orateur très médiocre. Résultat ? Un parti « peu attractif », selon Akhannouch, exposé à toutes les attaques et par ailleurs facilement attaquable. En gros, et en une formule, un « parti de l’administration », avec toute la connotation négative que comporte cette expression.

Et ainsi donc, l’engagement a été solennellement pris de mettre en place tout un organigramme structurel, profondément démocratique, où les décisions sont prises dans la concertation, avec consultation permanente des bases. Il y aura donc, timing serré à l’appui, élection des Bureaux et conseils régionaux.

Mais le plus important est cette fonction calquée en quelque sorte sur l’Istiqlal, et qui a démontré sa redoutable efficacité : le coordinateur régional. Il y en aura 12, plus un pour les Marocains du monde. La différence avec l’inspecteur du parti de Chabat, c’est que le coordinateur du RNI, nommé par le président du parti, sera proposé par les bases suite à des dépôts de candidature. Une fois nommé par Akhannouch (puis ses successeurs), ce coordinateur devra signer un contrat performance, avec des objectifs précis qu’il s’engagera à remplir. Et, bien entendu et c’est le plus important, il disposera des moyens qu’il requerra pour remplir sa mission.

Plusieurs organisations parallèles seront mises en place aussi : les jeunes, les femmes, les élus du parti, les représentants des différents secteurs d’activité (avocats, artisans, médecins, commerçants…).

Et tout ce monde composera le Conseil national, dont l’effectif sera fixé à 200, plus les organisations parallèles et les membres ès-qualité, comme les ministres par exemple. Le nombre des membres de ce futur Conseil national est raisonnable, contrairement au Bureau politique qui, lui, sera pléthorique : 40 membres !

Deux autres nouveautés ont été annoncées : la définition de l’incompatibilité des fonctions et de l’interdiction d’un cumul des mandats organisationnels d’une part et, d’autre part, la mise en place d’un think tank, dont les membres seront chargés de théoriser les problèmes et problématiques, de conceptualiser les solutions et, au final, de mettre en place la future plateforme idéologique, sociétale et économique, du RNI.

Et dans l’attente de la première réunion du Congrès général et du Conseil national qui en sera issu, tous les deux prévus pour respectivement les 19/20 mai et le 21 mai, une carte à puce sera remise aux membres, de même qu’un numéro vert pour les mises en relation et les informations, en plus d’une application RNIDirect pour faire remonter les idées, les propositions et les recommandations.

Que vaut tout cela ?

La nouvelle structure peut sembler lourde, mais pour un parti qui ambitionne de prendre la première place aux élections législatives de 2021, elle ne l’est pas du tout. Il faut mobiliser les masses populaires, organiser l’appareil,  synchroniser son action et synthétiser le travail et les recommandations de l’ensemble. Pour atteindre 2 millions de voix aux élections, il faut une organisation qui le permette. Le coup d’envoi en a été donné ce 15 janvier à Agadir.

Mais comment drainer du monde, des adhérents et des sympathisants ? Par l’action de proximité, martèle Akhannouch, « rapprochez-vous des gens, aidez-les à régler leurs problèmes et nous serons près de vous pour vous y assister, avec les moyens humains et logistiques dont vous aurez besoin ». Des permanences modernes seront mises en places partout, dans un maillage serré du territoire, avec des permanents et des moyens logistiques adéquats.

Sur le plan des adhésions, et de même que le PJD a son « armée de réserve électorale », constituée de la frange conservatrice de la population, le RNI peut s’appuyer sur la catégorie moyenne de la population, les fonctionnaires, les cadres moyens et surtout supérieurs, et les ménages dans les quartiers urbains. Cela fait du monde, qui est prêt à adhérer à ceux qui adhèrent à ses problèmes.

Mais cela passe par un travail herculéen de nettoyage des écuries d’Augias. De nombreuses personnes de tous bords, présentes sur les lieux et engagées dans l’affaire, disent et redisent que plusieurs caciques devront passer la main, puis passer leur chemin, ayant fait leur temps et ne faisant absolument pas unanimité… Ce sera là une prochaine, et rude, tâche d’Akhannouch.

AB

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