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Maroc |

Publié le 12 janvier 2017

Akhannouch affine son discours, et en peaufine la forme… mais il lui reste à construire un (vrai) parti

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Il est habituellement retenu et réservé, comme l’homme d‘affaires prospère qu’il est et comme aussi le ministre technocrate qu’il a été dix années durant (et qu’il est toujours). Mais Aziz Akhannouch est devenu aujourd’hui chef de parti, et en face de lui, il a cette machine oratoire qu’est Abdelilah Benkirane. Les deux hommes feront certainement affaire pour le gouvernement, mais il n’échappe à personne qu’ils sont et resteront adversaires politiques. Et c’est à la tribune que chacun fera la différence…

Quand Abdelilah Benkirane prend la parole, les gens aiment l’écouter car il manie à la perfection tous les ingrédients du bon orateur, de l’excellent rhéteur, alliant sérieux et non-dits, humour, attaques et sous-entendus. Il était difficile de lui trouver un sérieux compétiteur. Le président du RNI a compris cela et y a semble-t-il travaillé.

En effet, lors de sa prise de parole répétée depuis deux mois face aux gens de son parti, Akhannouch a peu à peu pris confiance, il a progressivement pris ses aises et, ce mercredi 11 janvier devant plus d’un millier de personnes venus de toutes parts de la Région Casablanca-Settat, il a pris les observateurs de cours, reprenant à son compte la forme du discours benkiranien, interactif, direct, convaincu et convaincant.

Impliquer la salle : A l’aise, Akhannouch a entamé ses 10 minutes de discours en interpellant la salle et en citant nommément, large sourire aux lèvres, chaque partie de la salle en fonction de sa région de provenance. Un travail a été fait, pour lui indiquer le plan de la salle.

Impliquer les adhérents : Il revient sur son passé de proximité avec les gens, et exhorte l’assistance à faire de même : « Rapprochez-vous des gens, trouvez-leur des solutions à leurs problèmes, et nous, nous vous aiderons à cela ».

Les référents religieux : Akhannouch, contrairement aux autres chefs de partis (Lachgar, Chabat, Mezouar de son temps, Laenser, et même Sajid), a emboîté le pas à Benkirane dans ses serments, sa faculté à ponctuer chaque phrase par « Inchallah »… Et on aura remarqué qu’il le fait de manière naturelle et spontanée.

La réponse au PJD et à Benkirane : « On voit sur les réseaux sociaux des gens dire que cet homme (lui-même, NDLR) est nouveau, qu’il vient d’arriver et qu’il ne sait pas faire de la politique… en clair, il faut laisser les autres faire, seuls, de la politique… Mais pas de problème, nous sommes des hommes  de parole… Je vous jure que même s’ils mettent en place toutes les phalanges électroniques de la terre entière que je ne changerai pas mon point de vue… (avec des trémolos) Nous sommes libres ! et qui veut travailler avec nous est le bienvenu, mais si nous pouvons tout accepter, nous ne tolérerons jamais que quelqu’un nous commande ».

L’envolée est belle, et la forme y est. Il reste à affiner le fonds et à peaufiner le programme et l’âme du parti. A la vue d’Akhannouch discourir, on prend la mesure du travail abattu depuis deux mois.

Mais, car il y a toujours un mais… Contrairement au PJD qui s’appuie sur des militants venus du PJD ou de son association le MUR, le RNI ne dispose pas d’une base qui en mérite le nom. C’est le travail que doit accomplir le parti. Mais une base, cela ne se met pas en place sur un claquement de doigts, comme avant… Une base se reconnaît dans un programme et surtout dans un positionnement idéologique, dans le sens de pouvoir décliner et présenter des réponses aux grandes questions qui se posent.

C’est le travail à temps plein que devra remplir le RNI, ses  dirigeants nationaux et ses cadres intermédiaires et régionaux. Les premiers pour dessiner les contours de cette idéologie, les seconds pour la prolonger vers les bases.

Ensuite, le problème que rencontrera ce parti, s’il veut vraiment constituer, un jour, une alternative au PJD et se poser comme grand parti pour affronter cet autre grand parti qu’est celui de Benkirane, sera de disposer d’une catégorie de dirigeants, compétents, convaincus et si possible scrupuleusement intègres, et aux tâches bien réparties : l’intellectuel, le populiste, l’hurluberlu, le fantasque, le chauffeur de salle, le théoricien, le stratège, l’opérationnel… Pour l’instant, tout cela n’existe pas, et une opération d’Augias devra être initiée.

Les candidats à cette fonction existent. C’est l’armée silencieuse des Marocains, attachés à leurs traditions, à leur religion et à leur pays, mais qui ne se reconnaissent pas dans le discours de Benkirane et dans le positionnement du PJD. Ce parti a obtenu 1,6 million de voix en septembre 2015 et autant en octobre 2016. Cela signifie que sur les 6,5 millions de votants, aux deux scrutins, 5 millions de personnes n’ont pas voté PJD ; et sur les 15,5 millions d’inscrits, plus de la moitié n’a pas été voter en octobre 2016.

C’est là qu’il y a un travail à accomplir. Et c’est sur cela que sera attendu, et jugé, Aziz Akhannouch. L’enjeu sera d’offrir une alternative aux populations, entre le projet du PJD et celui du RNI, qui reste néanmoins à définir et surtout à faire savoir.

AB

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