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Publié le 11 janvier 2017

Les tueurs rôdent parmi nous, par Sanaa Elaji

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Aller dans une discothèque est haram… c’est une forfaiture, un péché pour lequel nous serons bannis de notre vivant et pour lequel nous recevrons un châtiment post-mortem… Mais, à l’inverse, occire notre prochain, supprimer des innocents au nom de la religion n‘est pas haram ni ne vaudrait à l’assassin l’opprobre publique.

Que parmi les victimes de l’attentat dans le Reina d’Istanbul se trouvait une jeune femme voilée est déjà en soi un crime odieux contre la foi et la morale. Comment donc cette femme avait-elle pu autant mépriser son voile et sa religion en allant s’encanailler dans un tel lieu de débauche et de déliquescence des mœurs ? Mais le type qui est entré dans la discothèque et qui s’est mis à tirer comme un forcené sur des innocents ne porte absolument pas atteinte à l’islam, ni n’écorne son image… Seule la femme voilée, par sa présence dans une boîte de nuit, nuit à la religion !

Et on oublie un peu trop vite que ces derniers mois, le terrorisme a frappé aveuglément et indistinctement des discothèques, des théâtres, des marchés, des mosquées, des églises…Comment justifier alors l’assassinat d’un citoyen lambda sorti ce jour-là faire des emplettes sur un marché, et abattu par les balles d’un terroriste ? Comment expliquer la décapitation d’un prêtre dans une église ou d’un musulman, sunnite ou chiite, dans une mosquée ? Pourrait-on se montrer solidaire d‘une victime du terrorisme, dans une mosquée, et non avec d’autres, tuées dans une boîte ou dans un théâtre ?

Ne  sommes-nous donc pas conscients du fait qu’en posant cette question criminelle : « Mais que faisaient-ils (elles) dans un tel endroit ? », nous condamnons les victimes et non les tueurs terroristes ? Oublions-nous donc qu’il est interdit, par la foi et par la loi, à quiconque de tuer au nom de la religion ou en défense d’une identité ? Il nous faut nous souvenir qu’il est du droit de tout un chacun de ne pas aimer telles choses ou tels lieux, mais qu’il ne lui appartient absolument pas de les interdire à d’autres que lui, et il lui est encore plus interdit de leur intenter des procès d’intention. Quant à tuer des gens pour cela, c’est aussi bien interdit par la loi que proscrit par la religion !

Et puis, les surenchères, quand on commence à évoquer les morts en Syrie, en Palestine, en Birmanie ou en Irak… Les tueries commises en ces contrées – et qui sont aussi totalement condamnables – justifie-t-elles de tuer d’autres innocents dans d’autres endroits de notre monde ? La victime irakienne, syrienne, palestinienne ne vaut pas plus, ni moins, que la victime allemande, française ou américaine… de même que le musulman n’est pas plus sujet à la solidarité que le chrétien, le bouddhiste ou l’athée. Personne ne doit mourir au nom de la religion, quelles que soient sa foi ou sa nationalité.

Tous ceux qui s’en prennent aux victimes d’Istanbul ne sont-ils donc pas conscients du fait qu’en ce faisant, ils se substituent en quelque sorte à Dieu ? Le Créateur n’est-il donc pas seul à pouvoir juger ses créatures ? Comment un mortel peut-il se permettre d’estimer que telle personne mérite le paradis et que telle autre doit aller en enfer ? De quel droit instaurez-vous des tribunaux religieux pour juger vos semblables, alors même que dans vos turpitudes, vous omettez, volontairement ou non, de condamner les tueurs ?

Redisons-le, encore et encore… Le terroriste qui prend les armes, les brandit et les utilise à la face d’innocents au nom d’une religion qu’il est le premier à profaner, le terroriste qui fait exploser des bombes dans la rue, dans les boîtes de nuit, dans les mosquées et les églises…ce terroriste n’est pas le seul à l’être…  ceux qui défendent ses actes et justifient ses crimes en défense de leur religion sont aussi terroristes que lui.

Les journalistes de Charlie Hebdo ? Ils étaient fautifs. La France ? Elle bombarde l’Irak et la Syrie. La Turquie ? « Que faisaient les victimes dans un lieu de débauche » ?... Nous jaugeons et jugeons les victimes mais nous oublions de condamner les véritables assassins… Et en faisant cela, en agissant de la sorte, nous ne sommes pas conscients que nous alimentons le terrorisme, tant intellectuellement qu’idéologiquement. Nous le défendons, nous le portons et nous le supportons. Nous y contribuons, même de loin.

Et un jour, nous verrons que d’autres gens justifieront le massacre de ceux qui, comme eux, de leur vivant, justifiaient déjà de pareils actes… le fleuve de la haine ne tarit jamais (... la bêtise aussi, note du traducteur).

Al Ahdath al Maghribiya (Traduction de PanoraPost)

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