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Maroc |

Publié le 28 décembre 2016

Le Maroc n’en a-t-il pas « trop fait » avec la Mauritanie suite aux propos de Chabat ?

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Hamid Chabat, à son habitude, a gaffé, sauf que cette fois, il s’en est pris à un Etat souverain.  A Rabat, les chefs de l’Etat, du gouvernement et de la diplomatie ont réagi, essayant de calmer la colère de la Mauritanie officielle. Mais Rabat n’en a-t-il pas trop fait pour ce qui ne reste plus finalement qu’une sortie hasardeuse d’un chef de parti sur le déclin ? Peut-être pas…

Rappel des faits.

 Le 24 décembre, Le secrétaire général de l’Istiqlal s’exprimait lors d’un meeting du syndicat affilé au parti, l’UGTM, et dans un rappel historique, a indiqué que la Mauritanie a toujours été terre marocaine, avant l’arrivée des Français et qu’au départ de ceux-ci, le royaume n’avait pas recouvré la totalité de son territoire, qui s’étendait jusqu’au fleuve Sénégal. Les Mauritaniens n’ont pas apprécié, et le ministre marocain des Affaires étrangères s’est fendu d’un communiqué incendiaire pour Chabat, qualifié d’ « irresponsable ».

Réaction de la classe politique.

En plus de Salaheddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères et ancien président du RNI, qui s’est « lâché » contre Chabat, son successeur à la tête des Indépendants Aziz Akhannouch a lui aussi critiqué, devant caméras à la sortie de sa rencontre avec Abdelilah Benkirane le 26 décembre et via un communiqué du RNI publié le même jour, l’attitude de Chabat. Puis c’est au tour du chef du MP Mohand Laenser d’expliquer que Chabat fait le jeu des ennemis de l’intégrité territoriale.

Et enfin, le Conseil de gouvernement, tenu hier 27 décembre, a déclaré soutenir tous les efforts entrepris par le roi pour remédier aux conséquences des propos tenus à l’égard de la Mauritanie.

Chabat est donc isolé sur la scène politique nationale… place à la diplomatie et à la politique.

Etat des relations avec la Mauritanie.

Elles sont actuellement exécrables. Le président Mohamed Ould Abdelaziz multiplie les gestes d’hostilité envers Rabat, en refusant faire reculer son armée de la zone de Lagouira, où le roi Hassan II avait accepté dans les années 80 de retirer les forces armées royales sur demande du président mauritanien de l’époque, en affichant également  sa présence ostentatoire aux obsèques du défunt chef du Polisario Mohamed Abdelaziz. Et tout dernièrement, Ould Abdelaziz a permis au nouveau chef du Polisario de se rendre, et de poser devant les objectifs, dans la zone de Lagouira que les séparatistes ont été prompts à déclarer « zone libérée »…  et bien évidemment, les Mauritaniens ont exprimé une certaine réticence au passage du futur gazoduc Nigéria-Maroc par son territoire… Sans compter les petits épisodes comme l’empêchement d’autoriser les cadres marocains de Mauritel d’accéder à leurs bureaux, à la fin de l’été dernier… et dernier fait en date, cette petite phrase lâchée par un officiel mauritanien, suite aux propos de Chabat, sur la possibilité d’ouvrir une représentation de la RASD à Nouakchott.

Bien que la saillie de Chabat ait aussi concerné le Sénégal, Dakar n’a rien dit mais Nouakchott est montée au créneau, en raison précisément de ces relations difficiles.

Réaction en deux temps du roi Mohammed VI.

Le chef de l’Etat marocain a appelé son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz et lui a affirmé que « le Maroc reconnait l’intégrité territoriale de la République Islamique de Mauritanie, conformément au droit international », dont le principe de l’intangibilité des frontières issues de la décolonisation. On ne revient pas sur le passé et on travaille avec le présent, en somme. Les deux chefs d’Etat, selon la MAP, « ont également exprimé leur détermination à préserver cette relation contre toute tentative d’y porter atteinte, quelle que soit son origine et ses motivations ». Lire que la relation Rabat-Nouakchott doit être préservée de toute interférence, qu’elle ait comme origine Chabat ou Alger, qu’elle soit motivée par des contraintes de politique interne (Chabat) ou par des visées étrangères (Alger).

Puis le roi Mohammed VI a dépêché le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane – par ailleurs grand ami déclaré de Hamid Chabat – en Mauritanie où, toujours selon la MAP, accompagné par le ministre délégué aux Affaires étrangères Nasser Bourita, il lui a été demandé de « dissiper tout malentendu qui pourrait avoir un impact négatif sur les excellentes relations qui existent entre le Maroc et la Mauritanie ».

Dans l’avion, Benkirane prendra assez de hauteur pour mesurer le risque et le danger pour lui de continuer de se cramponner à Hamid Chabat pour son alliance gouvernementale.

« A quelque chose, malheur est bon ».

La diplomatie est, dit-on, l’art de l’opportunisme. Le Maroc, dont les relations sont actuellement presque rompues avec la Mauritanie, a pris fait et cause de cet incident pour reprendre langue, au plus haut niveau, avec les dirigeants de son voisin du sud.

Le Maroc est dans une logique africaine, essayant de repousser tous les différends avec tous, et écartant également les sources de friction. Le roi s’est rendu dans des pays pourtant connus pour leur proximité avec Alger et leur « sympathie » avec la RASD.

Pour la Mauritanie, à lire le communiqué, le roi tend la main à Mohamed Ould Abdelaziz : « Au cours de cet entretien, Sa Majesté le Roi a réitéré à S.E M. le Président son soutien et son amitié indéfectibles, ainsi que son attachement à la relation de bon voisinage et de solidarité entre les deux pays, fondée sur les liens séculaires et familiaux qui ont toujours existé entre les deux peuples », explique la MAP.

Réponse de l’agence mauritanienne : « Au cours de cette communication, les deux Chefs d'Etat ont abordé les relations bilatérales fraternelles et les moyens de les renforcer et de les développer ainsi que les derniers développements de la situation aux niveaux régional et international ».

En Mauritanie, cet incident a servi de déclencheur pour des partis politiques à appeler à une reprise des relations amicales et de bon voisinage entre Rabat et Nouakchott, l’état actuel de ces relations étant largement dû à la personnalité du président Ould Abdelaziz, qui n’a sans doute pas pris à sa juste mesure la nouvelle politique et logique africaines de Rabat.

Abdelilah Benkirane et Nasser Bourita sont arrivés ce matin du mercredi 28 décembre à Zouerate, où ils ont été reçus par le chef de la diplomatie mauritanienne. Ils ont également rencontré le président dans son lieu de vacances, avant de tenir un point depresse où le chef du gouvernement a, dans une déclaration lue, désavoué Chabat en réaffirmant l'excellence des relations entre les deux pays et en précisant que « les mots du secrétaire général de l'Istiqlal n'engagent que lui » ! Répercussion directe à attendre sur la politique nationale...

Cette crise déclenchée par les propos de Hamid Chabat est donc, finement, mis en œuvre par Rabat pour tenter de réchauffer des relations glaciales depuis plusieurs années. Il semblerait aussi que le (très susceptible) président mauritanien soit sensible à cette attention marocaine, et cette « tempête dans un verre d’eau » pourrait, sur le plan diplomatique, servir de prélude à une reprise des relations entre les deux voisins, et au niveau national, permettre à Benkirane de comprendre, de mieux comprendre, « le cas Chabat ».

Aziz Boucetta

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