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Maroc |

Publié le 27 décembre 2016

Akhannouch rencontre Benkirane… versions croisées d’un fiasco, avec Hamid Chabat en filigrane…

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Il aura fallu que le roi annonce son « souci » de voir les tractations pour la formation du gouvernement prendre autant de temps pour que les différents protagonistes s’activent… Et Benkirane en premier. Ayant reçu les deux émissaires du chef de l’Etat ce samedi 24 décembre, le chef du gouvernement désigné a compris où se trouvait son intérêt, lui qui veut tellement passer du statut de chef de gouvernement désigné à celui de chef de gouvernement tout court… mais l’issue de la rencontre est diversement interprétée, et le RNI prend appui sur la gaffe « mauritanienne » de Hamid Chabat, chef de l’Istiqlal…

Ainsi donc, on s’y serait attendu, le chef du gouvernement désigné Abdelilah Benkirane a repris langue avec Aziz Akhannouch, le patron du RNI, après plusieurs jours, voire semaines, d’attentisme du premier. Benkirane a parlé de « putsch » contre la démocratie, de « dévoiement » de la volonté populaire », de la « non gravité » du retard de formation du gouvernement. Mais samedi 24 décembre, les deux conseillers du roi que sont Abdellatif Mennouni et Omar Kabbaj se sont déplacés à son bureau pour lui expliquer à quel point il se trompe… Benkirane a donc compris, a appelé Akhannouch, et les deux hommes se sont rencontrés hier lundi 26 décembre.

Version du PJD. « Nous avons de grands rapprochements et accords, et un autre round de concertations est prévu pour mettre fin au processus », titre le site du PJD. A en croire cette version, les choses vont dans le bon sens et la formation du gouvernement ne serait plus qu’une simple question de jours et de quelques rencontres formelles. Mais dans l’article, on ne parle plus de fin du processus, mais « de discussions qui restent à venir sur la cohésion du gouvernement ». autant dire tout…

Qu’a dit Akhannouch ? Que « c’était là la seconde ou troisième rencontre pour accélérer les tractations, et en vérité, sur tous les points,  de grands accord sont là et il nous reste à nous revoir car nous voulons un gouvernement homogène, en accord, qui puisse travailler. On en parle encore… Vous avez entendu toutes ces insultes et diffamations de professionnels de la politique, mais nous ne répondrons pas, et vous avez entendu les déclarations sur des pays voisins aussi. Si on est avec des gens pareils au gouvernement, ce serait dérangeant, car il faut respecter les voisins. Les chefs du parti ne sont pas là pour créer des crises, surtout en diplomatie, mais pour régler les problèmes ».

En clair, il n’est pas possible d’être au gouvernement en compagnie de gens  avec lesquels on diverge. L’allusion à Chabat est on ne peut plus claire, et pour ceux qui ne comprendraient pas ou qui y trouveraient à redire, le RNI a aussitôt après publié un communiqué incendiaire contre les déclarations de Chabat, sans le nommer… On se demande pourquoi d’ailleurs puisque tout indique que c’est le chef de l’Istiqlal qui est visé… Akhannouch n’a pas apprécié d’être qualifié de Karzaï par le journal de l’Istiqlal, Karzaï état plutôt traître à son pays, l’Afghanistan…

Ainsi donc, le président du RNI a fait d’une pierre deux coups : il a d’abord relevé le défi à lui lancé par Benkirane qui l’avait exhorté à expliquer aux Marocains les raisons de son refus de voir l’Istiqlal au gouvernement, et Chabat a offert une occasion en or à Akhannouch pour le faire de la manière la plus apaisée qui soit, face aux caméras… Ensuite, l’impair de Chabat sur la Mauritanie a renforcé le RNI dans son refus de siéger au gouvernement avec l’Istiqlal, chose qu’il a clairement répétée en disant qu’il faut être en accord, et que la position de Chabat sur la Mauritanie et les insultes qui ont fusé de la part de ses gens contre le RNI et son président ne mènent pas nécessairement vers « un accord » entre les deux partis, RNI et Istiqlal.

Pour sa part, cité par Alyaoum24.com, un responsable du PJD a insisté sur le fait qu’il n’existe aucune raison d’exclure l’Istiqlal du gouvernement et que le RNI, et avec lui le ministère des Affaires étrangères, ont instrumentalisé l’ « affaire mauritanienne » à des questions de politique intérieure.

Résultat : Le dialogue de sourds se perpétue entre le PJD et Benkirane, qui tiennent à voir l’Istiqlal au futur gouvernement, et le RNI, qui insiste pour le contraire, un gouvernement sans Istiqlal.

Or, le roi, dans son message adressé par ses conseillers à Benkirane a insisté sur la formation du gouvernement dans les meilleurs délais. C’est semble-t-il mal parti pour le chef du gouvernement désigné, qui ne peut faire sauter le verrou Akhannouch, sans lequel aucune majorité n’est possible… Et c’est Chabat qui coince toute avancée vers un accord politique entre les deux principales composantes d‘un futur gouvernement, PJD et RNI.

AB

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