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Maroc |

Publié le 19 décembre 2016

A Guergarate, le problème n’est pas le Polisario, ni la Mauritanie, mais l’Algérie

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Cela fait maintenant 5 mois qu’une situation tendue règne aux confins sud du Maroc, au point de passage de Guergarate. Le Polisario multiplie les provocations et la Mauritanie les actes inamicaux. Le Maroc, quant à lui, garde son calme devant ce qu’il sait être de vaines gesticulations. Mais l’inquiétude pourrait provenir des Algériens… retour sur ces derniers mois.

Les relations tendues entre Rabat et l’ONU. En mars 2016, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon visite la région située à l’est du mur de sécurité marocain, et qualifie le territoire d’ « occupé ». Il s’attire la colère de Rabat qui expulse 75 membres de la Minurso, essentiellement les politiques chargés du référendum des Sahraouis, une option depuis longtemps abandonnée dans les faits.

L’habituel renouvellement du mandat de la Minurso est adopté par le Conseil de sécurité de l’ONU fin avril, enjoignant au Marocains de permettre le retour des membres expulsés de la Minurso. 25 seulement reviendront, et le Maroc a joué la montre, sachant que Ban Ki-moon est sur le départ. Les négociations continuent.

Le goudronnage de la route de Guergarate. Guergarate est le véritable poste-frontière situé à l’extrême sud du Maroc. En effet, la ville de Lagouira n’est plus sous contrôle marocain depuis des dizaines d’années, exactement depuis que le président mauritanien de l’époque avait demandé au roi défunt  de retirer les forces armées royales de cette bourgade située dans une langue de terre, à quelques kilomètres de Nouadhibou, important port mauritanien. Le souverain avait acquiescé à la demande de son voisin du sud et depuis, la frontière effective  avec la Mauritanie est à Guergarate.

Le 14 août 2016, les Marocains engagent des travaux de goudronnage des 4 km séparant la localité à la frontière mauritanienne. Mais ce sont des civils qui sont à la manœuvre dans cette zone que l’ONU appelle la zone tampon et que les riverains appellent « Kandahar ». Le Polisario y voit alors une rupture du cessez-le-feu observé depuis 1991. Les Nations Unies dépêchent leurs hommes pour constater les faits et concluent qu’il n’y a pas de soldats marocains sur les lieux.

Mais l’armée marocaine surveille ses ouvriers, depuis son sol. Le Polisario envoie une centaine de combattants, et l’ONU s’inquiète et s’interpose, sans beaucoup de moyens, mais sans danger non plus puisque ni le Maroc ni le Polisario ne veulent être les premiers à rompre ce cessez-le-feu.

L’ONU propose de goudronner elle-même ce tronçon, mais le Polisario refuse.

Pourquoi le Maroc a-t-il entrepris ces travaux ? Parce que la zone est devenue très fréquentée par les convois marchands et touristiques et qu’il fallait assurer un passage où les camions ne s’embourbent pas.

Le rôle de la Mauritanie. En 2015, le ministre des affaires étrangères Salaheddine Mezouar, le général commandant la Zone sud Bouchaïb Arroub et le patron de la DGED Yassine Mansouri font le déplacement à Nouakchott pour discuter du cas de Lagouira et de Guergarate, mais le président Mohamed Ould Albdelaziz, hostile au Maroc, refuse toute entente.

Commencent alors des manœuvres inamicales mauritaniennes à l’égard du Maroc. Interdiction des cadres marocains de Mauritel d’aller à leur travail, pinaillages pour l’octroi de visas, absence du Maroc au Sommet arabe de Nouakchott et retrait de prestataires de services marocains de ce Sommet et, tout dernièrement, présence photographiée du nouveau chef du Polisario en bord de mer, très certainement sur la langue de terre menant à Nouadhibou. Le Polisario annonce triomphalement qu’il s’agit de zones libérées…

Les rodomontades du Polisario et de Brahim Ghali. Le nouveau chef des séparatistes à 6 mois de direction à son actif et il a besoin d’un coup d’éclat pour se procurer une légitimité. Il tire donc profit des travaux de goudronnage du Maroc pour envoyer sa troupe, crier à la reprise des hostilités, poser martialement en bord de mer et prendre le monde à témoin.

Mais les Marocains ne se départissent pas de leur calme, sachant qu’en cas d’affrontement ouvert, les quelques dizaines de combattants du Polisario, même avec le renfort des Mauritaniens, ne tiendraient pas plus que quelques heures, en étant optimiste…

Et l’Algérie ? Le problème pourrait provenir d’elle, et le danger aussi. A Alger, une lutte sourde pour le pouvoir et la succession de Bouteflika fait rage. Les généraux algériens sont acculés par une situation économique catastrophique et une flambée sociale qui peut intervenir à tout moment.

L’armée algérienne a déjà tiré ces deux dernières années sur des Marocains, au Maroc, et rien ne peut prémunir le Maroc d’une escalade si Alger en prenait la décision. De plus, la visite du roi à Laâyoune, en novembre 2015 et février 2016, le lancement de 80 milliards de DH d’investissements dans la région, puis l’activité soutenue de Mohammed VI en Afrique sont autant de facteurs qui mettent à cran les nerfs des Algériens. S’ils ont besoin de recourir à la technique consistant à ouvrir un front externe pour détourner les populations des problèmes internes de plus en plus aigus, les militaires algériens ne trouveraient pas mieux que le Maroc, par Polisario interposé.

L’élection d’un nouveau secrétaire général à l’ONU, Antonio Guterres, qui connaît bien la situation dans les camps de Tindouf pour avoir été dix ans durant haut-commissaire aux Réfugiés, irrite Alger au plus haut point. Et l’imminente adhésion du Maroc à l’Union africaine, malgré les résistances et les manœuvres algériennes, renforcent l’irascibilité des généraux à Alger.

Conclusion. Les Algériens font feu de tous bois pour occuper les dirigeants marocains avec cette affaire créée de toutes pièces à l’extrême sud du royaume. Mais les autorités marocaines gardent leur sang-froid, et travaillent de concert avec la Minurso à laquelle ils ont proposé, selon une source au ministre des Affaires étrangères, d’assurer le contrôle d’un corridor autour de la voie goudronnée. Le Polisario de Brahim Ghali tente d’offrir à son nouveau chef un incertain et périlleux fait d’armes, que le Maroc se refuse à lui offrir, malgré ses provocations et ses menaces de reprise des hostilités. Le Polisario dispose de quelques milliers de combattants seulement, pas vraiment de quoi inquiéter Rabat. Quant au président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, il n’a jamais caché son hostilité pour le Maroc, qui préfère ignorer son activisme, tout en le surveillant du coin de l’œil.

L’ONU, pour sa part, sait que les choses sont sous contrôle et que même si le Polisario tente le tout pour le tout dans une opération militaire inconsidérée, les Nations Unies auront le temps de s’interposer car les Marocains sauront tenir les séparatistes à distance.

Pendant ce temps-là, Rabat poursuit son offensive de charme et de coopération sud-sud avec de plus en plus de pays africains, même ceux qui ne font pas partie de la zone francophone. Le Sommet d’Addis Abeba en janvier 2017 verra la participation du Maroc et alors, à ce moment-là, les choses pourront retrouver leur cours ordinaire, avec les Algériens, le Polisario et la Mauritanie qui reculeront face à la poussée du Maroc. Certainement pacifiste et économique surtout.

AB

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