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Maroc |

Publié le 17 décembre 2016

Formation du gouvernement, le PJD met la pression

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Rien de nouveau dans la formation du gouvernement… Même pas de concertations, ni de négociations. Le chef du gouvernement désigné reste sur son quant-à-soi, et son challenger principal, le président du RNI Aziz Akhannouch multiplie les actions et les rencontres. Abdelilah Benkirane ne donne même pas le sentiment qu’il veut avancer, laissant accroire à une impasse institutionnelle… mais il laisse ses troupes user de canonnières, en trois temps

1/ Ainsi donc de cette réunion du secrétariat général du PJD du samedi 17 décembre qui a d’ores et déjà commencé à évoquer son congrès ordinaire de 2017, 8ème du nom, mais aussi et surtout la tenue du Conseil national qui, lui, a une date précise, mi-janvier.

Le fait de préciser la période du Conseil national est une manière de mettre une date butoir pour la question de la formation du gouvernement. C’est aussi une forme de menace car le Conseil peut prendre des décisions exceptionnelles, comme fermer la voie à l’option consistant à proposer un autre nom pour la présidence du gouvernement, ou même pire, comme l’a suggéré sous anonymat un cadre du parti : se retirer des institutions…

2/ Cette menace est exercée sur qui ? La réponse est dans cet article de Nawfal Naciri (ci-contre) député PJD qui, présenté comme un universitaire dans le site du PJD, dit en substance que « le peuple marocain sait pertinemment qui est derrière ce blocage prémédité, comme il sait quels en sont les instruments ». Pour Naciri, « la volonté dissimulée derrière ce blocage est de réduire la crédibilité des institutions élues au profit d’autres »… Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le jeune député ne vise rien moins que le palais.

Tenir le Conseil national revient à suggérer que la pression sera mise sur qui de droit, c’est-à-dire le palais, pour convoquer de nouvelles élections, desquelles le PJD sortira très certainement grand vainqueur, comme le laissent  entendre les médias et les réseaux, dans une vaste manœuvre d’influence de l’électorat. Le PJD a d’ailleurs d’ores et déjà commencé à parler d’inscription sur les listes électorales, exhortant les gens à aller porter leur nom sur ces listes.

3/ Akhbar Alyoum a publié un entrefilet (ci-contre), naturellement repris par le site du PJD, dans lequel il est dit que lors des réunions en 2011 de la Commission consultative de révision de la Constitution, le cas de ce blocage avait été évoqué. L’un des membres, opportunément décédé aujourd’hui, aurait suggéré l’idée de passer au second parti, mais cela aurait été refusé par ses pairs, ce qui était logique. Mais le journal précise que si les documents de travail de la Commission avaient été publiés, il apparaîtrait que la seule solution serait la convocation d’autres élections.

Et ainsi, donc, la boucle est bouclée : Benkirane a dit son mot et n’en démord pas : ce sera ce qu’il veut, ou rien. Ensuite, on fait dire à un jeune député qui est le responsable… Puis, le PJD se donne une date limite, le Conseil national, au-delà duquel tout peut arriver… et enfin, on prend appui sur les constitutionnalistes qui ont élaboré la constitution pour leur faire dire ce qu’on aimerait qu’ils aient dit. Une belle manœuvre concertée…

Mais non, selon plusieurs membres de ladite commission, il existe une autre alternative aux élections anticipées : la nomination par le roi d’un autre membre dirigeant du PJD, qui serait moins rugueux et moins inquiétant que Benkirane… qui serait plus souple en négociations, et surtout, qui comprendrait que le mandat populaire, incontestable, confié par les électeurs au PJD est de former un gouvernement de coalition.

Et quelle meilleure coalition que celle qui était aux affaires durant ces trois dernières années ? PJD/PPS/RNI/MP pourraient et devraient être reconduits.

Remarque subsidiaire : si le PJD insiste et obtient de nouvelles élections, il ne restera plus aux partis réunis derrière le RNI qu’à former des alliances préélectorales, comme la loi leur en donne désormais la possibilité, et la donne en serait radicalement changée. Au détriment du PJD qui aurait alors de très sérieuses chances de perdre la première place.

Le PJD est le parti arrivé premier, cela est incontestable et n’est contesté par personne. Mais son chef, Abdelilah Benkirane, doit prendre la mesure de ses responsabilités en cessant de bloquer, car le blocage vient de lui et de personne d’autre. Sauf à considérer qu’il veut et peut dominer les autres partis. On se retrouverait alors dans la configuration du tahakkoum, certes, mais celui du PJD et de Benkirane. Et c’est bien dommage pour cette jeune démocratie marocaine.

Aziz Boucetta

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