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Publié le 04 décembre 2016

Méga-projet de gazoduc en vue entre le Nigéria et le Maroc, enjeux et perspectives

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Pour l’instant, il ne s’agit encore que d’un projet, mais au vu de la solennité de son annonce, la volonté affichée pour sa prochaine réalisation et les mesures lancées à cette fin, le gazoduc qui reliera les gisements nigérians au Maroc, puis à l’Europe plus tard, en passant par plusieurs pays ouest-africains, est en passe de devenir l’un des projets économiques phares du continent. L’annonce en a donc été faite en présence des chefs d’Etat marocain et nigérian.

Ainsi donc, le roi Mohammed VI et le président du Nigéria Muhammadu Buhari ont présidé ce samedi 3 décembre à Abuja la cérémonie de lancement du projet de réalisation d’un gazoduc régional, appelé à relier les ressources gazières du Nigéria, celles de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc. À ce stade, on en est encore aux études et à l’examen des mesures concrètes pour la réalisation de ce projet, estimé à plusieurs milliards de dollars.

Le gazoduc devrait être marin, pour contourner le Sahel et ses risques, éviter les complications politiques comme un éventuel refus mauritanien. Marquant une première au niveau africain, cette méga-infrastructure gazière permettra de répondre aux besoins énergétiques et financiers tant pour la partie marocaine que pour le Nigeria.

En effet pour le Maroc, ce projet permettra de diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz. Démuni de ressources pétrolières ou gazières, le Maroc est obligé d’importer la quasi-totalité de ses besoins en hydrocarbures. Toutefois, ces importations lui coûtent cher du fait du froid diplomatique qui prévaut actuellement avec l’Algérie voisine riche en gaz, à cause du conflit autour du Sahara. Le Nigeria sort également gagnant de ce partenariat. L’unique moyen par lequel le Nigeria exporte actuellement son brut et son gaz est le transport maritime. La construction de ce pipeline géant permettra donc de diminuer considérablement les coûts d’exportation du gaz produit dans le Golfe de Guinée et orienté vers les marchés de l’Europe.

Les chefs de la diplomatie des deux pays ont publié un communiqué où il est dit qu’ « en tant que projet majeur destiné à favoriser l’intégration économique régionale, le pipeline sera conçu avec la participation de toutes les parties prenantes, dans le but d'accélérer les projets d’électrification dans toute la région, servant ainsi de base pour la création d’un marché régional compétitif de l’électricité, susceptible d’être relié au marché européen de l’énergie, de développer des pôles industriels intégrés dans la sous-région dans des secteurs tels que l’industrie, l’agro-business et les engrais, afin d’attirer des capitaux étrangers, et d’améliorer la compétitivité des exportations, et de stimuler la transformation locale des ressources naturelles largement disponibles pour les marchés nationaux et internationaux »…

Le communiqué ajoute qu’ « en favorisant une intégration économique plus profonde, fondée sur des complémentarités positives, des synergies durables et des approches inclusives, cette plateforme Sud/Sud accélèrera la transformation structurelle des économies nationales de la région, plaçant ainsi toute la région sur le chemin d’une croissance plus forte. Les deux Chefs d’Etat ont convenu de mettre en place un organe de coordination bilatéral chargé de suivre cet important projet, et se félicitent qu’une telle coopération stratégique puisse voir le jour en Afrique ». Du sérieux, quoi, en vue d’ « ériger la coopération entre les deux pays en un modèle de partenariat Sud-Sud ».

Le Maroc a déjà réussi à obtenir l’adhésion de plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest pour ce projet qui acheminera le gaz nigérian jusqu’au marché européen. Signe du sérieux et de l’impact de ce projet, la nervosité des médias algériens… Voici ce qu’en dit lematin.dz : « L'Algérie avait entamé en 2002 des négociations avec le gouvernement nigérian en vue d'un projet similaire à travers le Sahel. Mais il n'a pas pu se faire. Le Maroc a repris l'idée et si le projet se réalise, il est certain que ce gazoduc sera un sérieux concurrent pour l'Algérie qui alimente l'Europe aussi avec ses deux gazoducs ». Une position à mettre face à celle du chef de la diplomatie nigériane Geoffrey Onyeama : « Le Maroc est riche en phosphate, le Nigeria, en gaz et en urée. Avec la bonne coopération, nous allons produire des engrais beaucoup moins cher ».

En tant que projet majeur destiné à favoriser l’intégration économique régionale, le pipeline sera conçu avec la participation de toutes les parties prenantes, dans le but d'accélérer les projets d’électrification dans toute la région de l’Afrique de l’Ouest, servant ainsi de base pour la création d’un marché régional compétitif de l’électricité, susceptible d’être relié au marché européen de l’énergie, de développer des pôles industriels intégrés dans la sous-région dans des secteurs tels que l’industrie, l’agro-business et les engrais, afin d’attirer des capitaux étrangers, et d’améliorer la compétitivité des exportations, et de stimuler la transformation locale des ressources naturelles largement disponibles pour les marchés nationaux et internationaux.

Le continent africain aura besoin d'une intégration économique améliorée (aujourd’hui 17%) et ce projet de coopération intra-afriquedécoule d’une démarche visant à faire du co-investissement la clé du co-développement humain et durable au service des peuples Africains.L’Afrique est confrontée à un problème de précarité énergétique et d'accès à l'énergieet a besoin chaque année de 700 MW de production d'électricité (est dotée de 1.000 MW) et ce projet structurant permettra a terme à tout les pays de l'Afrique de l'ouest  d'alimenter leurs centrales respectives en gaz mais aussi d'alimenter leurs unités industrielles et domestiques en énergie propre.

Et de fait, le lancement du projet de gazoduc intervient le lendemain de la signature d’une convention entre le Groupe OCP et le Nigérian Dangote pour la construction d’une énorme usine d’engrais au Nigéria.

Il s’agit d’un bel exemple de coopération sud-sud et de co-investissement. En effet, la partie marocaine est Ithmar Capital (nouvelle déclinaison de l'ancien Fonds marocain de développement touritique), une holding alimentée entre autres aux capitaux émiratis et aussi des autres Etats du Conseil de coopération du Golfe. Une sorte de couronnement de la politique arabo-africaine du roi, en cela que Mohammed VI a agi depuis quelques années pour drainer les capitaux arabes vers le Maroc, puis vers l’Afrique, sachant que les pays du CCG ont imprimé une réorientation à leurs investissements, quittant de plus en plus massivement l’Europe et les Etats-Unis pour trouver d’autres débouchés. Le projet de gazoduc maroco-nigérian en est un exemple éclatant.

Ce projet changera en profondeur la géostratégie gazière mondiale. En effet, un gazoduc relie l’Algérie et ses gisements à l’Europe, passant par le Maroc. il avait été question, lors de la crise ukrainienne, d’augmenter les livraisons de gaz algérien vers l’Europe pour compenser la baisse des achats de l’Union européenne de gaz russe. Le gazoduc  nigérian renforcera cette tendance, en plus du recul de la dépendance des Etats ouest-africains au gaz algérien, ou aux importations de Russie.

AB

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