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Maroc |

Publié le 18 novembre 2016

Très graves accusations de l’Istiqlal contre Akhannouch, et la « main invisible »

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Dans un article paru jeudi 17 novembre en Une du journal arabophone du parti de l’Istiqlal, al Alam, de très graves accusations sont portées contre le nouveau président du RNI Aziz Akhannouch, et ceux qui le manipuleraient. L’article, portant le long titre de « qui complote aujourd’hui contre la constitution pourra très bien comploter demain contre autre chose », est un monument de calomnies et d’insultes…

1/ « les évolutions politiques de la semaine dernière indiquent l’existence d’une main autoritaire, dominant certaines forces politiques nationales impliquées dans la formation du gouvernement, et qui refuse l’orientation constitutionnelle naturelle, œuvrant à conduire un putsch contre la constitution ». Rien que ça… La théorie de la main invisible et du complot.

Décodage : Akhannouch, puisque c’est de lui qu’il s’agit, roulerait pour quelqu’un. On sait qu’Akhannouch entretient de solides amitiés au palais, ce qui n’’est pas un mal, mais on sait aussi que le palais dispose de par la constitution d’un pouvoir exécutif important. Y a-t-il un mal à demander conseil au palais, puisqu’il faut dire les choses telles qu’elles sont ? Y a-t-il un mal à négocier son entrée au gouvernement, puisque c’est ce qu’on reproche au RNI d’Akhannouch ? Faut-il se soumettre et s’incliner devant Benkirane, puisqu’il a été le premier parti aux élections, en dépit de son 1,6 million de voix sur un corps électoral inscrit de 10 fois plus ? Est-il donc préférable de faire allégeance à Erdogan qu’à nos institutions ?...

2/ La suite, longue et redondante, dit globalement ceci : le chef du gouvernement est dans une position confortable, et il ne cédera à aucune pression ni chantage. Ce sont les autres, en l’occurrence le « parachuté » nouveau président du RNI qui finira par jeter l’éponge, et c’est pour cela qu’il augmente la pression sur Benkirane… Voilà.

Décodage : L’Istiqlal fait vraiment tout pour mériter les quelques miettes gouvernementales que lui jettera Benkirane de sa fenêtre… Il a accepté le rôle de porte-flingue et de « mangeur d’ail pour le compte de Benkirane »…

3/ « Le RNI avait dit oui en 2013 pour tenir le rôle de la roue de secours quand l’Istiqlal avait décidé de quitter le gouvernement, et c’est encore lui, le RNI, qui fait de la surenchère contre M. Benkirane ».

Mais pourquoi donc l’Istiqlal avait-il quitté le gouvernement en 2013, avant que son chef, tête basse aujourd’hui devant Benkirane, ne s’interroge sur les liens de ce dernier avec Daech et le Mossad ?

4/ « L’opinion publique nationale comprend parfaitement les dessous de cette confrontation actuellement menée par le Hamid Karzaï du Maroc, relégué au rang de pantin entre les mains de marionnettistes bien connus ».

Fort bien, mais alors si Akhannouch est Hamid Karzaï, c’’est que 1/, il est renégat, comme l’Afghan arrivé en 2002 à Kaboul sur les tanks US (accusation qui pourrait se retrouver à juste titre entre les mains d’un procureur) et que 2/ cela ouvre la question de qui est le George Bush qui l’a propulsé ? Qu’al Alam éclaire davantage l’opinion publique en allant jusqu’au bout de sa pensée, et qu’il dise les choses complètement. Ou qu’il se taise à jamais.

5/ « En plus de traîner derrière lui des partis administratifs dociles, on constate le niveau avancé de l’attaque menée par des supports médiatiques au service d’un programme politique déterminé ».

Suit une attaque en règle contre l’éditorialiste de l’Economiste, Abdelmounaïm Dilami qui a suggéré l’idée que le roi puisse choisir une autre personnalité au sein du PJD, en remplacement d’un Benkirane défaillant, ou ailleurs (ce qui est impossible). Dilami a donné son avis, mais pour al Alam et son donneur d’ordre le PJD, même cela ne devrait pas être fait.

Et un peu de puérilité et de délation, pour mieux s’ancrer dans la logique Istiqlal : « Il semblerait que l’éditorialiste donne ses instructions à Sa Majesté le Roi ». Ça, c’est pour atténuer l’histoire de Karzaï…

6/ « L’histoire retiendra le nom de celui qui a voulu se dresser contre la constitution et aussi de celui qui a tenu à empêcher cela (…) parce qu’il a compris qu’il n’est pas exclu que celui qui a  conduit un putsch contre la constitution pourra, à court ou moyen terme, en mener un autre contre autre chose »… Accusation grave, aussi grave que l’enfantillage qu’elle contient.

En clair, attention, nous sommes face à des gens qui voudront, un jour, comploter contre le système politique du pays. On voit très bien, en effet, Dilami et Akhannouch comploter contre la monarchie… A al Alam, pour le compte de Benkirane, on ne s’embarrasse pas de crédibilité…

7/ L’article, non signé, donc, s’achève sur un avertissement, voulant que les partis nationaux démocratiques refuseront un hold-up sur la démocratie mené par les forces réactionnaires et putschistes, de même que le peuple refusera aussi un tel vol…

Quand l’Istiqlal parle démocratie, on se sent tiraillé entre l’envie de rire, jaune, ou de se mettre en colère, noire.

Commentaires :

1/ Qu’un éditorialiste délivre son opinion ne signifie pas qu’il « donne ses instructions au roi ». Mohammed VI est juriste et sait ce qu’il fait, lui qui a désigné Benkirane pour former le nouveau gouvernement, 24 heures après l’annonce des résultats électoraux, alors que rien ne l’y obligeait. La seule contrainte était de choisir quelqu’un au sein du parti arrivé premier.

2/ Oui, si Benkirane est la cause du problème, il faudra chercher quelqu’un d’autre, au PJD, qui serait la solution à ce problème. Dire cela n’est pas donner un ordre au roi, ou insulter Benkirane, mais délivrer son opinion, tant qu’il est encore possible de le faire.  Mais cela ne plaît pas aux fans et autres commensaux de Benkirane ; il y a quand même des strapontins gouvernementaux en jeu…

3/ Chabat et l’auteur de l’article piaffent d’envie de retourner au gouvernement. Chabat garantirait ainsi son maintien à la tête du parti, dont les cadres évacués du gouvernement en juillet 2013, à leur corps défendant, ne l’ont jamais apprécié et ne le lui ont jamais pardonné. Pour cela, le chef de l’Istiqlal et les siens sont prêts à tous les compromis et à toutes les compromissions avec Benkirane qui les envoie au feu, se gardant la posture du Sage aussi désintéressé que le Dalaï-lama.

4/ Le Maroc, que ces gens le veuillent ou pas, fait son apprentissage laborieux de la démocratie. Et les médias se divisent en deux catégories, ceux qui voient en Benkirane un chef du gouvernement valable, et ceux qui le considèrent comme un chef de clan tout aussi valable, mais inapte à rediriger l’exécutif durant 5 autres années.

5/ Constatons que le clan Benkirane, comme à son habitude et en direct prolongement de  la campagne électorale, est dans l’insulte ou la perfidie calomnieuse, et que les contempteurs du chef du gouvernement se contentent d’exprimer leur opinion.

6/ Le site du PJD a repris cet article, mais a évité de parler de Karzaï, des marionnettistes, du "pantin parachuté" que serait Akhannouch et de la main invisible. Le PJD, bien plus prudent et consciencieux que l'Istiqlal, se montre intelligent. Le PJD fait de la politique, laissant la besogne aux besogneux... mais il ne veut surtout pas s'aliéner Akhannouch, dans la perspective de former, finalement, le gouvernement sans l'Istiqlal. Ce qui serait une heureuse et salutaire décision !

7/ Redisons-le, encore et à toute fin utile. Malgré sa victoire étriquée (en nombre de voix du moins, car en nombre de sièges, la victoire est très large), le PJD doit former le gouvernement, et il le formera. Ainsi est la Constitution de ce pays et ainsi sont la règle, le droit, et le bon sens aussi. Mais si Benkirane est source de tension et cause de blocage, la constitution n'interdit pas au roi de trouver un autre personnage, au sein du PJD. Pourquoi s'irriter tant à cette idée, et pourquoi Benkirane ne le proposerait-il pas lui-même au chef de l'Etat ?

Aziz Boucetta

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