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Maroc |

Publié le 26 octobre 2016

Le patron de l’ANRT a été limogé, mais…

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Azzeddine Mountassir Billah est désormais l’ancien directeur général de l'Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications. La nouvelle est tombée dans les médias hier mardi 25 au soir, et a surpris tout le monde. Les commentaires ont afflué sur les réseaux, concernant le motif du limogeage et le nom du remplaçant.

Le Maroc est un pays où le droit de l’accès à l’information est (en principe) assuré, et réglementé, mais où cette information, quand elle est importante, et surtout si elle l’est, commence d’abord par des « sources sûres », ensuite par des confirmations, puis par le défaut de réponse du ou des concerné(s). Enfin, on en devient sûr quand cette information circule largement et qu’elle n’est pas démentie.

La désignation du directeur de l’ANRT est, selon la loi organique 02-12 sur la nomination aux hautes fonctions stratégiques, décidée en Conseil de ministres, sous la présidence du roi Mohammed VI, mais « sur proposition du Chef du gouvernement et à l’initiative du ministre concerné ». La procédure est donc claire, mais c’est notre confrère Medias24.com  qui a révélé en premier, vers 18h30, l’information de la révocation d’Azzeddine Mountassir Billah, dans le silence général du gouvernement. Les médias se sont saisis de cette affaire, ont essayé de la confirmer, et l’ont fait, mais sans source officielle. Et comme dit plus haut, seule l’absence de démenti par l’ANRT pourrait confirmer le limogeage.

L’agence officielle MAP ne dit rien sur le sujet, pas plus que le site de l’ANRT, qui maintient son « mot du directeur général », M. Mountassir Biadillah, en accueil. Un cadre de l’Agence a bien voulu nous confirmer, anonymement et par un « oui » laconique le départ de son DG, avant de couper court précipitamment à nos demandes d’informations supplémentaires…

Ce mercredi 26 au matin, la décision a été notifiée au sein de l'ANRT à travers un comité de direction, qui a désigné un intérimaire, dans l'attente de trouver un rempaçant titulaire au DG partant. Alors, puisque les choses se confirment, pourquoi cette révocation ? Deux pistes s’imposent :

1/ Le récent avertissement adressé par le régulateur (le 21 octobre), en termes sévères, à l’opérateur historique Maroc Telecom pour le retard apporté au partage de ses infrastructures, le fameux dégroupage. On sait les relations tendues entre le président Abdeslam Ahizoune et l’ancien DG de l’ANRT. De plus, parmi les sanctions prévues, en plus de l’avertissement, il existe des sanctions sévères, sous forme d’amendes pouvant aller jusqu’à 10% du chiffre d’affaires de l’opérateur, ce qui mettrait ce dernier en sérieuse difficulté.

2/ La question de la VoIP, interrompue par les trois opérateurs en janvier dernier. Suite au tollé soulevé alors par cette décision, les directions de ces opérateurs ont indiqué que c’était sur injonction de l’ANRT, revenue à une décision remontant à 2004 sur l’absence de licence des opérateurs Skype, Messenger, Viber… sauf que ne sont pas des opérateurs, mais des applications, commercialisées au Maroc par Maroc Telecom, Inwi et Meditel dans le cadre de leurs contrats d’abonnement. Toujours est-il que cette mesure a fait couler beaucoup d’encre et de salive, et un récent rapport d’un organisme spécialisé américain a indiqué que le Maroc avait perdu 320 millions de dollars dans cette interruption. L’affaire est en justice, un avocat oujdi ayant déposé plainte contre l’ANRT pour décision illégale, et c’est au tribunal administratif de Rabat qu’il appartiendra de juger du bien fondé de la décision de l’ANRT. De plus, à l’approche de la COP22, cette interruption de la VoIP serait du plus mauvais effet.

Alors, sont-ce là des fautes professionnelles commises par l’ancien directeur général de l’ANRT, comme cela a été rapporté ici et là ? Cela y ressemble assez, mais on devrait en savoir plus dans les prochaines heures, ou prochains jours, dans un pays où l’information, donc, est encore poussive.

Pour rappel, Azzeddine Mountassir Billah a été nommé à la tête de l'ANRT en 2008, en remplacement de Mohamed Benchaâboun, parti occuper les fonctions de PDG du Groupe Banque populaire.

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