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Publié le 26 janvier 2016

Polémique Saham/assurance agricole –  Moulay Hafid Elalamy explique et polémique...

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Moulay Hafid Elalamy, président fondateur du groupe Saham et ministre en exercice, monte au créneau pour expliquer la légalité de la convention controversée signée entre l’Etat et l’assureur. Prévue pour désamorcer la polémique, cette nouvelle sortie risque de l’alimenter encore plus. Les médias se sont emparés de cette affaire. Retour sur cette affaire.

De quoi s’agit-il ?

Le produit Taamine al Mahssol, conçu dans le cadre d’un partenariat public privé entre les deux ministères de l’Agriculture et des Finances d’une part et Saham de l’autre, consiste en une assurance des agriculteurs contre les aléas climatiques et sanitaires de leurs productions. L'Etat contribue au financement de ce produit, à travers une subvention aux cotisations des agriculteurs, orientée principalement vers les plus petits et pouvant atteindre 90%de la prime. 

Il devait être commercialisé dès le 21 janvier, mais a été suspendu le 24.

Réactions médiatiques

L’affaire est partie des titres de la presse, « jackpot de Saham » pour les uns, « cadeau » pour d’autres... Il n’en fallait pas moins pour que l’opinion publique s’émeuve de la question, et que la toile s’enflamme comme elle seule sait et peut le faire.

Puis, après le communiqué de Saham annonçant sa décision de suspendre la convention, pour éviter une « polémique infondée », les médias ont tous repris l’information, qui a été ensuite relayée dans les réseaux sociaux. On parle de délit d’initié, abusivement, et de conflit d’intérêts, ce qui est plus plausible, du moins sur le plan moral.

Et donc, et alors que Elalamy explique à nos confrères du LeDesk qu’il n’a « subi aucune pression » sans expliquer pourquoi il aurait dû en subir, Alyaoum24 titre en Une aujourd’hui que le chef du gouvernement a eu une discussion « amicale » avec son ministre Elalamy au cours de laquelle il l’a convaincu de renoncer à la commercialisation de ce produit...

Flou juridique

Dans son communiqué de suspension de la convention, Saham explique que « la première convention du genre a été signée en 2011 entre le Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche Maritime et la MAMDA. Elle stipulait clairement dans son Article 13, l’ouverture de cette convention aux autres assureurs. Extrait de la convention : « la MAMDA […] s’engage à entreprendre les démarches nécessaires, afin de proposer aux autres assureurs du marché marocain, d’adhérer à ce produit ». La MAMDA l’a-t-elle fait ? Comment le savoir ? Le groupe Saham a-t-il été avantagé par la présence de son ex-PDG dans les cercles de pouvoir ? C’est sur cela que les médias et l’opinion publique se sont focalisés.

Et puis, comme nous le disions dans un précédent article, Saham a-t-il le droit de suspendre unilatéralement et sans préavis une convention signée avec l’Etat ? Quelles sont les clauses de résiliation, ou de suspension, de cette convention ?

Enfin, comment appeler un produit – qui devait être « commercialisé », et qui donc est lucratif – dont le prix est subventionné à 90% par l’Etat (qui est dans son rôle) mais dont le bénéfice devrait revenir intégralement à un privé, sauf explication contraire ?

Réaction(s) de Moulay Hafid Elalamy

Moulay Hafid Elalamy a fait deux sorties remarquées dans les médias, la première avec Alyaoum24 et la seconde avec LeDesk ; dans les deux, il dit qu’il n’a plus rien à voir avec Saham, mais il prend sa défense, en déclarant, en affirmant, que tout a été fait dans la légalité la plus légale...

C’est possible, mais cela reste à prouver, et la réaction virulente d’Elalamy n’aide pas dans ce sens.

Mais avec la journaliste de LeDesk, le ministre du Commerce et de l’Industrie, dit que « les médias mais aussi certains partis politiques ont conditionné l’opinion publique », que « l’opinion publique reçoit un traitement médiatique erroné de l’affaire », et que « beaucoup de journalistes n’ont rien compris à la convention ».

Ces propos sont graves et condescendants... que les partis politiques conditionnent l’opinion publique n’est pas particulièrement respectueux de ladite opinion ; que les partis politiques agissent contre la convention est une chose normale, ils font leur travail.

Que l’homme s’en prenne aux médias est déplacé, surtout dans les expressions formulées... les médias demandent qu’on leur explique, c’est tout. Mais les médias peuvent, en principe, s’interroger. Pourquoi est-ce un président démissionnaire qui monte aux créneaux ? Mais peut-être n’ont-ils rien compris non plus, les médias, au conflit d’intérêt et à la spécialisation gouvernementale... Moulay Hafid Elalamy expliquera peut-être cela un jour.

Les journalistes n’ont peut-être « rien compris à cette affaire », comme dit Moulay Hafid Elalamy, mais alors le peuple aussi, qui s’est exprimé sur le web ; changeons le peuple, alors...

Aziz Boucetta

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