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Maroc |

Publié le 24 janvier 2016

Saham Assurance gèle sa convention agricole avec l'Etat, mais la polémique n'est pas près de se terminer

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Le 20 janvier, Mohammed Boussaid et Aziz Akhannouch, respectivement ministres de l’Economie et  de l’Agriculture signaient une convention de lancement d’un nouveau produit d’assurance agricole avec Saham Assurance, Taamine al Mahssol, aux termes duquel les agriculteurs verraient leurs risques de cultures couverts. Une polémique était immédiatement née sur les réseaux sociaux, puis au parlement, et enfin dans les médias. Et dimanche 24, Saham annonçait la suspension de cette convention. En a-t-il le droit ?

Le produit

Le département d’Akhannouch avait mis en place, dès 2011, une stratégie de gestion des risques à travers l’assurance des agriculteurs. Ainsi, les superficies couvertes par une assurance agricole sont passées de 30.000 hectares en 2008 à 1 million en 2015. Le produit « multirisque climatique » faisait donc son chemin, mais il restait ouvert, éventuellement et potentiellement, à d’autres compagnies.  

Le 20 janvier 2016 donc, Saham annonçait qu’il avait fait une proposition similaire avec même effet à l’Etat qui avait accepté, et qui devait soutenir le produit d’assurance jusqu’à 90% pour prémunir les agriculteurs contre sécheresse, excès d'eau, gel, grêle, vent violent et vent de sable. Annonce en grande pompe et levée de boucliers immédiate.

La polémique

Bien que, tant le ministère de l’agriculture que les professionnels de l’assurance affirment que d’autres compagnies pouvaient et peuvent toujours s’ouvrir à ce produit – ce qui semble logique, l’Etat étant demandeur – les doutes sont restés dans l’esprit des observateurs et de l’opinion publique. Le fondateur de Saham est en effet Hafid Elalamy, fondateur de Saham, bien qu’il ne s’en occupe officiellement pas depuis qu’il est entré au gouvernement.

Mais des députés et certains médias ont vu dans cette convention contractée entre Saham et l’Etat un marché de dupes, et surtout « un cadeau » offert par Akhannouch à Elalamy. Il est vrai que bien que le produit soit d’une immense utilité pour les agriculteurs, face à la sécheresse annoncée ou presque cette année et aux risques chroniques dus au réchauffement climatique, le fait que l’Etat subventionne à 90% (maximum) peut mettre en doute l’intégrité morale des contractants. Pourquoi confier ce marché à milliards, en effet, à un privé, alors que l’Etat prend l’essentiel des risques ?

Les deux ministères se sont donc contenté d’annoncer la signature mais se sont murés dans le silence depuis… prêtant ainsi le flanc aux attaques nourries des députés de l’opposition, USFP et PAM en tête.

 Des groupes parlementaires, dont celui de l’USFP, ont demandé la constitution d’une mission d’enquête parlementaire pour connaître les dessous de cette affaire.

Suspension de la convention

Et ce qui vient mettre encore plus de suspicion autour de cette affaire est qu’au lieu de communiquer, Saham vient d’annoncer ce dimanche le gel de la convention.

Dans un communiqué parvenu à PanoraPost, le groupe assureur explique que « Saham Assurance a pris l’initiative de proposer au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime une convention similaire à celle signée avec la MAMDA mais intégrant plusieurs nouveaux avantages pour l’Etat, comme la baisse du coût de la réassurance de 40 millions de DH par an et l'élargissement de la distribution de ce type de produit, en s’appuyant sur le réseau de Saham Assurance de 425 agents, représentant le plus large du secteur des assurances et réparti sur l’ensemble du Royaume. Pour rappel, la subvention prévue pour ce type de produit est destinée à l’agriculteur, dès lors qu’il choisit un assureur conventionné et qu'il souscrit à un produit d’assurance couvrant les risques climatiques.  Au regard de la polémique infondée engendrée par la signature de cette convention, Saham Assurance décide de stopper l'application de la convention, en attendant l'adhésion à ce produit de l'ensemble des autres compagnies intéressées, suite à l'appel lancé par le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche Maritime ».

Pourquoi ne pas expliquer, plus simplement, arguments juridiques et légaux à l’appui, au lieu de suspendre ? Et puis, l’opérateur a-t-il le droit de décider, ainsi, de stopper unilatéralement une convention signée avec l’Etat ? Des questions que cette affaire ne manquera pas de soulever…

La sortie maladroite de Moulay  Hafid Elalamy

Le fondateur du groupe Saham, Moulay Hafid Elalamy, devenu entretemps ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Economie numérique, a jugé utile de faire une sortie médiatique chez nos confrères d’Alyaoum24. Précisant qu’il n’est plus, « ni de près ni de loin, concerné par cette affaire, car depuis qu’il est ministre il a renoncé à sa gestion directe », il a quand même expliqué avoir demandé des éclaircissements aux responsables du groupe après la polémique née suite à cette affaire, pour s’enquérir des conditions dans lesquelles la convention a été signée « et j’ai trouvé que tout s’est passé de manière très transparente ». Le ministre exclut également toute pression qui aurait été exercée sur lui de la part du chef du gouvernement Benkirane.

Une affaire qui aura certainement des suites et des conséquences…

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