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Maroc |

Publié le 31 décembre 2015

L'année 2015, comme si vous l'aviez vécue...

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L’année 2015 épuise ses 365 unités, et 2016 fourbit ses armes. Comme chaque année, la coutume veut que l’on revienne sur les grands événements qui auront marqué les douze derniers mois. Au Maroc, et dans le monde, il y en a eu, et bien malheureusement plus de négatifs que de positifs. La rédaction de PanoraPost propose à ses (fort aimables) lecteurs une rétrospective générale, par catégories, au Maroc.

Politique


1/
Lent début de la longue réconciliation de l’interminable brouille entre Paris et Rabat. Le 29 janvier, à Paris, le Maroc et la France signent un accord, renouvelé, d’entraide judiciaire, prélude à la fin d’une année de crise de souveraineté et de susceptibilité des deux parties. Les deux pays ont argué de leur amour mutuel et de leur flamme éternelle, incarnés par l’improbable couple Mustapha Ramid et Christiane Taubira. « Ces deux-là sont trop aigres, pour être malhonnêtes », chanterait Brel... Après des visites des uns et des autres chez les autres et les uns, la crise est définitivement éteinte dans un coupé Mercedes, à Tanger, dans les embouteillages nocturnes, avec comme passagers Mohammed VI et François Hollande, et « un conseiller complètement coincé sur la banquette arrière », dira le Parisien. A quoi tiennent les choses...

2/ Le BCIJ. Puisqu’il est appelé le FBI marocain, alors son Edgar Hoover est Abdellatif Hammouchi, puisque le BCIJ relève de la DST... Le Bureau central d’investigations judiciaires et son armée de Robocops ont pu démanteler depuis le 20 mars, date de sa création, des dizaines de cellules des « fous de Daech » et des imbéciles d’ailleurs, ici et à l’étranger.

3/ Douceurs gouvernementales. On peut être ministre, travailler jusqu’à 22 heures par jour (comme le dit la ministre el Haite), et aimer son prochain dans le même gouvernement. C’est ce qui est arrivé à Habib Choubani et Soumaia Benkhaldoune, qui ont trouvé l’amour mais qui ont perdu leurs fonctions. L’affaire avait défrayé la chronique en avril et mai, et le 20 mai, le roi les démet de leurs fonctions et, dans la foulée, « libère » également Abdelâdim Guerrouj, ce ministre qui avait offert des chocolats à son épouse sur les deniers publics.

Cette année, le gouvernement Benkirane II est inscrit sous le signe du 2... Des retraites à « deux balles » de Charafat Afailal, au travail 22 heures/jour de la ministre el Haite, à la bigamie gouvernementale des deux amoureux ministériels, sans oublier la grave crise de Benkirane avec deux ministres technocrates (Akhannouch d’abord et Belmokhtar ensuite)...

4/ Fusion de la police secrète et de la police tout court. Le 15 mai, et dans un acte sans précédent reflétant une confiance elle aussi sans précédent, Mohammed VI reçoit Abdellatif Hammouchi, patron de la DST, le confirme dans ses fonctions après 10 ans de bons et loyaux services, et lui confie en plus celles de patron de la police. Les résultats ont été au rendez-vous et... bon courage, Si Abdellatif !

5/ Annonce officielle, le 15 mai, de la mort de l’aviateur marocain Yassine Bahti. Le lieutenant pilote de chasse Yassine Bahti est mort dans le crash de son avion au Yémen. On ne connaîtra jamais les vraies raisons de ce crash, mais on retiendra qu’un jeune pilote marocain est mort aux commandes de son chasseur F16, en mission pour son pays ; paix à ton âme, Yassine.

6/ Vision éducation 2015-2030. Le roi reçoit le 20 mai les membres du Conseil supérieur de l’éducation, emmenés par Omar Azzimane, qui, au terme d’un parcours du combattant (pour le savoir) et de moult efforts, ont concocté une « vision stratégique » 2015-2030. Ce n’est pas la première du genre, espérons que ce soit la dernière et qu’elle soit pionnière. Mais le doute est (largement) permis.

7/ L’affaire Laurent/Graciet vs Mohammed VI. Elle a éclaté le 27 août. Ils sont journalistes reconnus, et désormais ils sont connus pour être, aussi, maîtres-chanteurs. Ils ont voulu vendre leur livre à paraître contre monnaie sonnante et trébuchante. Ils ont pris un acompte de 40.000 euros chacun dans une enveloppe, suite au traquenard à eux posés par l’avocat du roi Me Hicham Naciri. L’autre avocat du roi, Me Dupont-Moretti les accable, les preuves les accablent, mais ils refusent de se mettre à table... sauf pour toucher une enveloppe. La justice française se prononcera prochainement sur leurs cas.

8/ Bruits de vote au Maroc, le 4 septembre et suivants... Les partis et leurs dévots ont fait du bruit, les gens ont voté sans bruit, et le vainqueur est bruyamment ... le PJD. Arrivé 3ème en termes de conseillers, il a raflé toutes les grandes mairies du pays. Toutes ? Toutes, sans aucune ville d’irréductibles qui eût résisté aux barbes et aux voiles volant à la brise estivale...  Trois événements se sont corrélés à cette élection : la majorité a volé en éclats, chacun ayant fait ce qui lui plaisait, Hamid Chabat a crié victoire en perdant tout : ville, région, légitimité et crédibilité, et le PAM a montré sa maîtrise de l’alchimie électorale, transformant en or régional le plomb qu’il avait dans l’aile, comme « El » Omari.

9/ Crise de l’article 30 du projet de loi de finances. Le 19 octobre, Medias24 évoque le sujet du Fonds de développement agricole dont l’ordonnateur n’est plus le chef du gouvernement mais son ministre de l’agriculture Aziz Akhannouch. Le 22 octobre, Akhbar Alyoum en remet une couche et c’est la crise ouverte, et sans précédent, entre un Benkirane qui n’en peut mais et son ministre qui peut beaucoup. Benkirane s’incline, Akhannouch domine et le parlement entérine.

10/ Le Maroc au Sahara et le Polisario harassé. Le 6 novembre, le roi délivre, avec une heure et demie de retard, un discours que l’on peut qualifier d’ « historique » sans galvauder le terme. Prononcé à Laâyoune après un mémorable bain de foule et une incroyable panne de courant, le discours annonce un train de mesures sans précédent. 8 milliards de dollars d’investissements, 120.000 postes d’emplois à créer (de quoi faire pâlir de jalousie Hollande et Valls et leur courbe de chômage qui n’en finit pas de ne pas s’inverser), et la sonnerie de la fin de la récréation onusienne pour cette affaire du Sahara. Le roi, visiblement souffrant, n’a pas boudé son plaisir de faire ces annonces, avant de s’envoler en convalescence pour Paris.

11/ Massacre à Paris, le 13 novembre. 130 morts, 350 blessés, la France plonge dans le deuil et se déclare en état d’urgence. Le soir même du carnage, les services marocains prennent leur téléphone (sécurisé) et fournissent une série d’informations à leurs homologues français. Le roi est ensuite reçu en grande pompe à l’Elysée par Hollande et son aide est sollicitée dans la lutte antiterroriste ; quelques jours après, c’est au tour du roi des belges Philippe de demander l’assistance des services marocains au roi du Maroc. Les Espagnols n’en peuvent plus de décorer les sécuritaires marocains et les Américains chantent les louanges de ces mêmes services. Il est vrai que c’est calme, au Maroc, malgré les menaces de Daech. C’est la consécration pour les services de sécurité du Maroc, qui auront réussi à s’imposer à l’international comme des organismes professionnels où la démarche juridique a finalement remplacé la décharge électrique.

 

Social

12/ Le roi et l’avortement. Le 16 mars, le roi Mohammed VI reçoit tour à tour les ministres de la justice et des affaires islamiques Mustapha Ramid et Ahmed Toufiq  puis, souriant, le président du CNDH, Driss el Yazami ; il leur demande de plancher sur la question de l’avortement, « dans le cadre du respect des préceptes de la religion Islamique, de la prise en compte des vertus de l’Ijtihad et de l’accompagnement de l’évolution que connaît la société marocaine et de ses aspirations, tout en respectant son unité, sa cohésion et ses spécificités ». Deux mois plus tard, le roi reçoit les mêmes personnes, en plus de quelques autres (el Himma, Menouni, el Ouardi) et leur dit la même chose, en plus se sensibiliser la société contre les causes de l’avortement. Un boulevard est tracé pour les modernistes, qui n’ont pas compris et ont hurlé leur déception, attendant que le roi leur mâche le travail et légalise ce que même lui ne peut faire sans l’aide des forces vive du pays.

13/ Drame à Tan Tan, vendredi noir. Le 10 avril, un camion semi-remorque percute de plein fouet un bus venant de Tan Tan et transportant des enfants et adolescents de retour d’une excursion sportive dans le nord du pays. 33 enfants morts et 9 blessés graves, brûlés au second et troisième degrés. Le parquet a classé l’affaire trois semaines plus tard, dans une analyse digne de figurer en bonne place dans les cours de droit : les chauffeurs étant tous deux morts, le parquet décide de classer le dossier et d’informer les ayants-droits de sa décision...

14/ Much Loved. Le 19 mai, Nabil Ayouch présente à Cannes son tout nouveau film, « Much loved ». Énervement des Marocains qui y voient une atteinte à la vertu des Marocaines et à l’image du pays. Le film est interdit sans, avant  même que son producteur ait demandé un visa pour l’exploiter. Mustapha el Khalfi, le prude ministre monte au créneau, suivi par les siens, puis par la population. Nabil Ayouch se défend, mais il est inaudible. Nous avons vu le film, à PanoraPost ; il ne méritait pas tout cela,  mais le Maroc y aura gagné une chose : il aura confirmé son conservatisme farouche et son intolérance louche. Plus tard, l’actrice Loubna Abidar en a fait des tonnes, prouvant son insignifiance...

15/ Drame à Skhirat, dimanche noir. Le 7 juin, un groupe d’adolescents sont en sortie de plage à Skhirat. Pris dans le courant de la plage, 6 baigneurs périssent noyés et 5 sont portés disparus. Le ministre de l’intérieur se déplace sur les lieux et on arrête le moniteur, qui ne sera libéré que plusieurs semaines plus tard grâce au soutien du peuple internet.

16/ Les « jupes » d’Inezgane. Vêtues de robes, deux jeunes femmes avaient traversé, le 16 juin dernier, le souk d'Inezgane, près d'Agadir. Certains commerçants se sont soulevés contre elles, faute d’avoir pu soulever leurs jupes, du coup jugées indécentes... puis les ont obligées à se réfugier dans une boutique, en attendant la police. Puis, de victimes, elles sont devenues accusées et ont été poursuivies pour attentat à la pudeur. La police n’a pas été à la hauteur, les malmenant verbalement dans la boutique et les « zieutant » copieusement au commissariat où elles ont passé la nuit en garde-à-vue. Tollé général, société divisée, les deux jeunes femmes sont innocentées par la justice quelques semaines après... parce qu’elles sont passées en jugement !! Molles dénégations du PJD au gouvernement

17/ L’homosexuel de Fès. Le 30 juin, un homme, jugé homosexuel et sévèrement jugé pour cela, a été lynché par la foule. La police a dû dégainer pour le dégager et se dégager elle-même d’une foule en furie. Un homme exhortait les manifestants à frapper. Re-soulèvement de la société, les meneurs ont été déférés devant le tribunal. Le chef du gouvernement et le ministre de la justice ont, cette fois, réagi, alors que le Maroc était encore secoué par l’affaire des « jupes » d’Inezgane...

18/ Gronde des étudiants en médecine, septembre 2015. Au commencement, tout était simple, les étudiants demandaient un relèvement de leurs indemnités et une titularisation en cas de service national obligatoire. Mais leur ministre el Ouardi a réagi avec arrogance et agi avec obstination. Les étudiants ont monté les enchères et le niveau de leur contestation. Intervention des forces de l’ordre, mais rien n’y a fait. Enfin, el Ouardi a été obligé de reculer, acculé ; le service est abandonné jusqu’à nouvel ordre.

19/ (In)égalité en héritage. Le 20 octobre, le CNDH publie un rapport où il préconise une centaine de recommandations pour lutter contre les inégalités que subissent les femmes. Une de ces recommandations porte sur l’égalité des deux sexes devant l’héritage. Puissante et violente levée de boucliers des conservateurs, qui ne veulent pas entendre parler d’une « remise en cause du Coran ». L’argument est terrible, mais faux. Le Coran dit beaucoup de choses, mais les esprits s’échauffent, les gens se butent. On ne veut pas remettre en cause l’héritage dit musulman, parce qu’il s’agit d’une affaire d’argent, il faut le dire. Le PJD au gouvernement s’en prend avec virulence à el Yazami, patron du CNDH, qui ne cherche pourtant ni à plaire ni à complaire, mais seulement à décrire... Les choses en sont toujours là.

20/ Amendis. Le 5 octobre commençait la bronca contre le délégataire des services de distribution d’eau et d’électricité à Tanger et dans la région nord. Révolte des bougies, manifestations de plus en plus imposantes... jusqu’à ce que le roi s’immisce dans cette affaire, réveille son chef du gouvernement, qui l’a fièrement révélé, à 6h30 du matin pour lui intimer l’ordre d’aller s’enquérir sur place des détails de l’affaire. Résultat, Amendis ne partira pas, mais révisera ses compteurs... la boîte de Pandore s’est néanmoins ouverte... Amendis frissone et Lydec tremblote.

21/ Hépatite C. Le 25 novembre, le labo marocain Pharma5 annonce que le Sofosbuvir sera commercialisé dès décembre au Maroc pour 3.000 DH, soit 9.000 DH pour le traitement de l’hépatite C dont souffrent 650.000 Marocains. 9.000 DH contre 800.000 DH, c’est une sérieuse avancée et une belle réalisation pour le Maroc, pour le gouvernement et surtout pour Pharma 5. Un petit pas pour certains, mais un don de géant pour les malades.

 

Economie

22/Alliances en difficulté, voire en déconfiture... Janvier 2015, les soucis financiers du groupe Alliances apparaissent au grand jour. De saisies bancaires en manifestations de salariés, de camouflages en rodomontades, les ennuis finissent par ternir la réputation du groupe de Mohamed Alami Lazrak, qui reconnaît la situation. Les choses ne sont pas encore finies à aujourd’hui.

23/ PSA s’installe sur nos terres. Le 19 juin a eu lieu la signature en grande pompe devant le roi de l’accord entre Maroc et le groupe français PSA Peugeot Citroën portant sur l’implantation d'un complexe industriel du groupe, à la lisière de la plateforme industrielle intégrée « Atlantic Free Zone », dans la région du Gharb Chrarda Bni Hssen. 557 millions d’euros, dont 95% financés par le groupe français et un petit 5% par la CDG. Le projet devait initialement se faire en Tunisie, mais le terrorisme en a malheureusement pour nos amis tunisiens décidé autrement.

24/ Samir. En août, le raffineur cesse de raffiner. Son propriétaire le cheikh Amoudi ne se reconnaît pas vaincu et veut faire chanter l’Etat. L’Etat refuse et les douanes réclament 13 milliards de DH. Amoudi voulait mettre le pays à genoux, mais le gouvernement a su rester inflexible et les compagnies pétrolières ont assuré la relève. Les escrocs en keffieh blanc, cela existe aussi, et jusqu’à chez nous.

25/ Ikea. Le 29 septembre, le management local d’Ikea Zenata annonce l’ouverture du grand magasin situé à la périphérie de Casablanca. Las... on annonce le jour même qu’il n’en sera rien, car « le magasin n’a pas obtenu le certificat de conformité de la commune ». Plus clairement, Ikea paie le prix d’une politique hostile de la Suède, son pays d’origine, au Maroc pour le Sahara. Ikea est toujours fermé, et les visages de ses patrons aussi.

26/ Décompensation du prix des carburants. Depuis le 1er  décembre 2015, les prix des carburants obéissent désormais au libre jeu de l’offre et de la demande. Désormais, les Marocains ont la liberté de choisir la station où ils peuvent se servir. Cette libéralisation des prix fait suite à un accord intervenu entre le gouvernement et les distributeurs, il y a moins d’une année. « Cet accord prend en compte le pouvoir d’achat des consommateurs, les intérêts des entreprises pétrolières et le maintien des équilibres macroéconomiques », annonce fièrement le chef du gouvernement. Son ministre Mohamed Louafa, chargé de cette décompensation, promet le tonnerre de Dieu aux compagnies qui ne respecteraient pas la nouvelle réglementation de la concurrence.

 

Sport

27/ Le Maroc triomphe de la Confédération africaine de football devant le tribunal arbitral sportif, le 2 avril. Le Maroc avait demandé le report de la CAN de janvier 2015 pour cause d’Ebola. Le président de la CAF Issa Hayatou ne l’entendait pas de cette oreille, suspendant le Maroc pour les deux CAN 2017 et 2019. Le Maroc a été devant le TAS, il a vu et il a vaincu. Hayatou, qui devait avoir un avenir mondial quelques mois après, a reconnu sa défaite, mais sait-on jamais...

28/ Le Maroc champion du monde de boxe pour les moins de 69 kilos. Et c’est le boxeur Mohamed Rabiî qui a offert ce titre et cette consécration à son pays en prenant le meilleur sur le Kazakh Daniyar Yeleussinov. Le Maroc a-t-il su traiter avec noblesse le vainqueur dans le noble art ? C’est moins sûr, l’argent semble ne pas suivre...

 

Voilà pour 2015... Allons-y pour 2016, avec ses élections politiques, ses menaces sécuritaires, ses espoirs de reprise économique, et ses nombreuses intolérances sociales...

La rédaction de PanoraPost vous présente ses meilleurs voeux, et vous donne rendez-vous l'année prochaine pour la suite des aventures marocaines...

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