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Maroc |

Publié le 23 décembre 2015

La « drôle de guérilla » des syndicats contre le gouvernement

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Au départ, dès le départ et depuis 2012, c’est l’incompréhension totale entre les syndicats et le gouvernement… et plus particulièrement Abdelilah Benkirane. Avec la grande question des retraites, et le débat qui s’en est suivi, les tensions se sont crispées. De marche nationale à grève générale, aujourd’hui, les syndicats veulent aller se plaindre de Benkirane devant l’Organisation internationale du travail…

La logique d’Abdelilah Benkirane est politique. Or, nos syndicats sont habitués au consensus mou avec des Premiers ministres « chapeautés » d’en haut. Le gouvernement actuel, et son chef, que l’on soit d’accord avec eux ou non, sont arrivés en situation suite à un vote populaire. Et Benkirane sait les syndicats peu représentatifs, comme l’ont montré leurs dernières actions de contestation.

Aujourd’hui, le chef du gouvernement a fait sa déclaration au parlement, dévoilant les détails de « sa » réforme des retraites, et les choses semblent s’enclencher car il a donné des chiffres et des dates. Que l’homme politique qu’est Benkirane prenne des mesures aussi impopulaires en pleine année électorale ne sensibilise pas les syndicats au fait qu’il pourrait avoir, finalement raison… Qu’il ait dit, dans un endroit aussi symbolique que le parlement, que si rien n’est fait pour corriger le tir pour les retraites, c’est tout le système qui s’effondrera ne paraît pas non plus avoir emporté l’adhésion des centrales…

Alors, aujourd’hui, et bien que leur représentativité soit sujette à caution, les 4 centrales que sont l’UMT, l’UGTM, la FDT et la CDT font dans l’escalade. Elles menacent de deux grosses mesures de rétorsion :

1/ Le retrait de nombreux organismes où les syndicats sont statutairement représentés : la CNSS, la caisse nationale d’assurance maladie, l’OFPPT, le Conseil supérieur de la fonction publique, le conseil de la médecine du travail. La durée du retrait n’a pas été précisée, ni quand cette mesure entrera en application. La Chambre des conseillers n’est, curieusement, pas mentionnée dans la liste des organismes à boycotter…

2/ Le dépôt d’une plainte à l’Organisation internationale du travail contre le gouvernement.

Il y a bien un sit-in de protestation prévu devant le parlement, le 12 janvier, mais cela est une mesurette…

Et pourtant dans tous les pays qui ont introduit une réforme des retraites, les syndicats ont battu le macadam, fait du bruit, mais finalement les réformes sont passées. Aller se plaindre de son gouvernement à une organisation internationale est donc une bien curieuse façon de régler des problèmes internes.

Par ailleurs, les syndicats n’ont pas compris que la politique de la chaise vide les lèse et favorise le gouvernement plus que l’inverse. Ils ont déserté les rues de Casablanca le 1er mai dans une décision sans précédent de boycotter leur propre fête et cela n’avait nullement dérangé le gouvernement, bien au contraire.

Aujourd’hui, les syndicats, au-delà d’une politique populiste ou d’une posture de « je refuse, donc je syndique », doivent se rendre à l’évidence et, un peu comme les Allemands ou les Suisses (si on peut oser cette comparaison), ils devraient discuter avec le gouvernement de ce qui est bon pour le pays, même si « le remède sera dur à avaler », ainsi que l’a annoncé Benkirane.

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